Mars 2004

 

Pour ou contre les oliviers en Europe

 

Comme le vin, l'olivier est là, chez nous, au sud de l'Europe, depuis des millénaires. On lui doit "l'or vert", l'huile d'olive du régime méditerranéen.

Sur les 2,5 millions de tonnes d'huile d'olive produites dans le monde, 2,4 millions de tonnes, soit 80 %, sont produites en Europe grâce à l'Espagne, la Grèce ou la France. La Communauté européenne est d'ailleurs le premier consommateur avec plus de 70 % de la consommation mondiale.

La France compte 3,5 millions d'oliviers plantés sur 43 000 hectares pour 5,4 millions d'hectares dans l'Union.

Le marché est géré par une OCM de 1966, modifiée en 1987 pour introduire un plafond de production, ou QMG, porté à 1,78 million de tonnes en 1998.

Les dépenses agricoles pour les oliviers, qui permettent la conservation des sols, l'emploi et un produit alimentaire de très haute qualité, sont de 2,36 Mds d'euros.

Bruxelles a considéré que c'était trop. Dès novembre 2003, la Commission a proposé de découpler les aides à la production d'huile d'olive. 60 % des aides deviendraient indépendants de la production. Seuls 40 % des aides se feraient à l'oliveraie, par hectare ou par arbre.

Le mercredi 10 mars 204, le Parlement européen adoptait cette réforme où le montant de l'aide découplée est fixé par référence à l'aide à la production durant 2000-2002.

Certes, les 40 % restants des aides à la production seraient versés par les États en vue de l'entretien des oliveraies pour raison environnementale ou sociale.

Mais qui ne l'a compris ? Payés à 60 % indépendamment de toute production, les arboriculteurs auront-ils encore intérêt à entretenir leurs oliveraies ? Évidemment que non. Et c'est là la perversion de la réforme. Elle condamne à terme l'huile d'olive de notre Europe méditerranéenne. Avec, là encore, comme objectif de délocaliser la production d'huile d'olive vers la Tunisie, la Turquie, la Syrie, le Maroc et peut-être même l'Australie, les États-unis ou l'Argentine.

Juste au moment où la demande d'huile d'olive augmente de 6 % par an et quand l'Union a doublé ses exportations en dix ans, avec 324 000 tonnes exportées en 2002, la Commission européenne joue contre nos oléiculteurs, comme elle joue contre nos vignerons ou nos tabaculteurs.

Le choix du 10 mars 2004 était alors simple : pour ou contre l'huile d'olive européenne, pour ou contre nos oliveraies. Unis, une fois de plus, contre nos paysans, les socialistes et l'UMP ont voté pour le découplage à 60 %, pour l'application de la nouvelle PAC aux oliviers et donc, d'ici 2010, pour la disparition de nos oliveraies de l'Europe du sud, lors d'un futur arbitrage budgétaire de la majorité anti-paysanne du Parlement européen dominée par les Anglo-saxons et les Européens de l'est.

 

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